Léa Buet au Sénégal. Le combat de la judokate dinanaise

Source: Le TELEGRAMME  

8 janvier 2014 à 08h36/ Pierre Bernard /
 
 

Pour cette nouvelle année, la judokate de 24 ans Léa Buet n'a qu'un seul voeu : porter les couleurs du Sénégal sur les tatamis olympiques, en 2016. De Dinan à Dakar, portrait d'une Bretonne qui se rêve Africaine.

Gamine, elle voulait un petit frère noir, lorgnant déjà, de ses yeux enfantins, cette terre aux étés sans fin. Devenue grande, Léa s'est alors envolée sur le continent de ses rêves, avec, dans sa maigre valise, un souhait un peu fou : devenir une Africaine à la peau blanche, une Sénégalaise à l'accent celte. Une folle aventure au parfum de sable chaud qui débuta le 25 mars 2012, jour d'élection présidentielle au Sénégal...

Un choix de vie

C'était au beau milieu d'une nuit brûlante, dans le magma populaire et démocratique. Abdoulaye Wade, patriarche de 85 ans, vivait ses derniers instants de gloire et Macky Sall, 52 ans, montait sur le trône d'état. Léa Buet, jeunette de 24 ans, grimpa sur le toit de sa maison d'accueil, contemplatrice de panoramas colorés. « Je ne peux pas vous expliquer pourquoi mais à ce moment, en haut de la maison, je me suis sentie chez moi ». Devant l'horizon embrasé de ferveur, la Bretonne sut alors qu'elle avait fait le bon choix : s'installer dans son Pays de cocagne et le représenter aux prochains Jeux olympiques. « J'ai fait sept ans de haut niveau en France, tout en travaillant en restauration pour subvenir aux besoins financiers. J'avais perdu mes sensations de plaisir dans un pays où la course aux médailles tue le sens de la pratique », regrette l'ancienne 3e aux championnats de France junior et qui débuta le judo au Ceps Dinan, à 8 ans.

Une philosophie de vie

Reçue « les bras ouverts » dans sa famille d'accueil, sous les baobabs de Mbour, Léa Buet retrouve alors rapidement le goût du combat. Se jetant au cou des belles espérances, la Bretonne s'accoutume des coutumes, malgré la rudesse des journées : café soluble le matin, footing sur la plage, football dans la rue et riz au poisson « avec plus de riz que de poisson ». Quant à la sueur, elle s'égoutte sur de la paille recouverte d'une bâche tendue en guise de tatami. « Mais l'ambiance et la solidarité sont tellement merveilleuses ! », nuance gaiement celle qui participa aux championnats d'Europe aux côtés d'un certain Teddy Riner. Jamais sans feu ni lieu, la native de Léhon (22) vit et se plaît autour des Africains, se faisant un nom dans les gymnases du pays. Repérée par le général de l'armée de l'air, elle s'envole même un temps avec l'équipe nationale militaire, glanant ses premiers succès. Vainqueur du tournoi international d'Abidjan et de Ziguinchor, la Costarmoricaine devient alors championne du Sénégal, épaulant son rêve de toujours : représenter les couleurs du pays lors des compétitions internationales. Toujours dans l'espoir d'obtenir son passeport sénégalais (voir ci-dessous), Léa doit aussi poursuivre sa progression sportive. « Pour se qualifier aux JO, il faut gagner les championnats d'Afrique, ou être sur le podium, et je sais que c'est à ma portée, gage la Française. La plus belle manière de remercier la population sénégalaise serait de lui ramener une médaille d'or aux prochains championnats d'Afrique. Et je ferai tout pour y arriver » assure celle que, petite, l'on surnommait déjà « la lionne ».Celle qui, petite, marchait pieds nus et grimpait en haut des arbres. Celle qui, petite, rêvait d'un joli petit frère de couleur...